RDC : Nécessité d’une véritable classe moyenne pour booster l’économie

[ 07-11-2016 ]

Avec ses 2.345.403m² de superficie, la République Démocratique du Congo est un pays aux multiples contradictions. Ses potentialités s’expriment en superlatifs insolents, que ce soit pour la jeunesse de sa population, l’immensité de ses terres arables, le scandale géologique de son sous-sol, la variété de son écosystème, pour n’en citer que quelques-uns.

Disons que le dernier superlatif utilisé concerne le taux de croissance de son économie qui est passé de moins 7% en 1990 à 7% en 2012, 8,2% en 2013, 9,5% en 2014 et 7,7% en 2015 alors que la moyenne africaine stagne à 5,5% depuis quelques années. A côté de ce superlatif élogieux, la RDC brille aussi par d’autres superlatifs dont il se serait passé, spécialement quand il s’agit de mesurer le bien être de sa population. Plusieurs indicateurs sont disponibles, mais ils ne font pas tous l’unanimité. Le plus crédible serait celui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’Indice de Développement Humain (IDH) qui classe les pays par rapport au bien être de leur population sur base des critères tels que l’espérance de vie à la naissance, durée moyenne de scolarisation, durée attendue de scolarisation, revenu national brut (RNB) par habitant. L’IDH de ces cinq récentes années classe le pays où coulent le diamant et l’or parmi les derniers du classement et cela sans tort.

Il est va sans dire que ça saute aux yeux ! Sans microscopie d’un quelconque classement mondial, on peut s’apercevoir le degré de dégradation du tissu économique, l’instabilité de la monnaie locale et la paupérisation des populations tant en milieux rurales qu’urbaines. Le fossé un grand entre les riches et les pauvres et la classe moyenne n’existe pas.

Image de la classe moyenne en RDC

Si à l’époque de la deuxième république, la classe moyenne était assimilée à une poignée de familles de travailleurs des entreprises minières telles que la Gécamines et la MIBA, ce semblant de classe moyenne n’a pas résisté à l’usure du temps et a démontré des limites. Aujourd’hui avec la faillite de ses sociétés, la vague des banques privées et des sociétés de télécommunication ou des organismes internationaux, a suscité un maquillage social qui ne garantit en rien jusque-là, une existence d’une classe moyenne pérenne et sur laquelle l’on peut compter comme courroie de relance économique durable.
Tout ne serait-il pas une question de priorité dans les choix des politiques publiques ? Il est reproché à la RDC d’être une économie extravertie, reposant sur les importations (industrie extractive) plutôt que sur une production interne. Et si nos politiques publiques misaient sur la production interne, non pas comme un slogan mais avec une vraie stratégie qui s’en donne les moyens ? On reconnaît aux PME la capacité de créer une véritable classe moyenne nationale structurelle, avec des effets multiplicateurs et durables sur le Production Interne Brute (PIB) et de création d’emploi. Quel est le poids des PME dans nos politiques publiques ?
On ne peut pas dire que l’agrobusiness est une priorité en RDC quand le budget réel pour le secteur de l’agriculture ne représente que 2% du budget total exécuté pour la période 2007 à 2013, bien loin des 10% auxquels la RDC s’était engagé dans les accords de Maputo selon le Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PPDA). On ne peut pas dire que l’on veut créer une classe moyenne congolaise quand il n’y a pas de leviers conséquents mis en place pour booster les PME détenues par les congolais.
La croissance inclusive est possible en RDC si on change de cap dans les choix des politiques publiques et que l’on favorise les secteurs susceptibles d’augmenter PIB (secteur primaire avec la production et secteur secondaire avec la transformation) et de favoriser la création et le maintien des emplois dans le pays.

Placer vos commentaires